FJ

CRISPR-Cas9

par Frederic JEHL, mercredi 23 mars 2016, 17:21
 

CRISPR associated protein 9 (Cas9)

 

I)                  Objectifs

CRISPR-Cas9 est une technique d’édition du génome développée par Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna à partir de 2012 (4). Actuellement, ce système permet de supprimer une mutation voire un gène entier, d’insérer un nouveau gène dans un génome ou encore de créer des SNPs. Cette technique peut être utilisée pour faciliter un large panel d’applications en génie génétique, en particulier pour la manipulation ciblée du génome et les thérapies géniques.

 

II)              Principe

La méthode repose sur la capacité de certaines bactéries à résister aux virus grâce aux séquences CRISPR (Clustered Regularly Interspersed Palindromic Repeats), qui sont transcrites en des ARN contenant le complémentaire de l’ADN viral et qui se fixent à la nucléase Cas9. Lorsque ce complexe Cas9-ARN reconnait la séquence complémentaire dans la cellule, il le découpe. C’est cette capacité du complexe à identifier une séquence cible et à la lyser qui fait de CRISPR-Cas9 un outil d’édition précis du génome (3).

L’activité nucléase de la protéine Cas9, lui permet d’introduire des Double Stranded Breaks (DSBs), c’est-à-dire des cassures franches sur les deux brins de la molécule d’ADN. Lorsque ces cassures sont repérées par le système de réparation cellulaire, elles sont corrigées de deux manières différentes.

D’abord, le Non Homologous End Joining (NHEJ), mécanisme par lequel la cellule insère ou retire de manière aléatoire des nucléotides au niveau de la cassure pour permettre de rabouter les deux extrémités. Ce mécanisme est très imprécis, et tend à provoquer des mutations de type Insertion-Deletion (Indels).

L’autre possibilité est la réparation par Homology Directed Repair (HDR), mécanisme par lequel la cellule se base sur une matrice d’ADN de même séquence, qui peut être l’autre allèle du gène concerné, ou bien une matrice d’ADN fournie à la cellule, par exemple sous forme de single-stranded oligonucleotides (ssODNs). 

 

III)          Mode opératoire

La méthode consiste à fournir à la cellule, soit directement la protéine Cas9, soit sa séquence sous forme d’ADN plasmidique ou d’ARNm.

La protéine doit disposer d’un ARN guide (sgRNA), qui est une chimère artificielle entre le crRNA (pour CRISPR) et le tracrRNA (pour trans-activating), et qui lui sert notamment de modèle pour trouver la séquence d’intérêt sur l’ADN de la cellule-cible. Cet ARN peut lui être fourni séparément par transfection dans la cellule-cible, ou bien se trouver sur le même plasmide, sous contrôle d’un promoteur. Cas9 balaie ensuite le génome de la cellule-cible en ne s’arrêtant que lorsqu’elle rencontre un motif correspondant au PAM (Protospacer Adjacent Motif), dont la séquence canonique, présente toutes les 8 bases environ dans le génome humain, est 5’-NGG-3’. Si la séquence d’ADN en amont du PAM correspond à la séquence-cible, Cas9 réalise une cassure double brin entre le 3ième et le 4ième nucléotide en 5’ du 5’-NGG-3’.

De nombreuses versions modifiés de cas9 existent, avec une activité nucléase sur un seul brin (nickase), sans activité nucléase (dCas9), avec un PAM modifié (5’-YN-3’), se comportant comme un facteur de transcription, etc... (1, 5)

 

Illustration de la nucléase Cas9

Figure 1: Targeted genome editing with RNA-guided Cas9 (2)

 

IV)                  Présentation des résultats

La présentation varie selon le type de Cas9 utilisée et l’objectif de la manipulation. La mesure de l’activité d’une protéine fluorescente peut permettre de mesurer l’efficacité d’une transfection si l’on a transfecté une protéine-chimère, son ARNm ou bien un plasmide.

Pour démontrer l’efficacité de la modification d’une séquence cible, on peut réaliser un séquençage type Sanger de cette portion précise du génome. Pour s’assurer qu’aucune autre zone du génome n’a été modifié par erreur (off-target), on pourra soit rechercher les sites ayant une homologie forte avec la séquence cible et les séquencer également, soit faire appel à une méthode de séquençage haut-débit pour séquencer l’ensemble du génome.

 

V)              Interprétation des résultats

Dans un premier temps, la mesure d’une activité fluorescente, par exemple, dans la cellule-cible permet de valider la transfection de Cas9. Cela permet d’éliminer les cellules non-transfectées du champ d’étude. Enfin, le résultat d’un séquençage est analysé par alignement avec soit la séquence de départ, soit la séquence souhaitée. La conclusion de cet alignement est binaire : s’il est correct, la modification s’est réalisée avec succès. Dans le cas contraire, la technique n’a pas été efficace.

 

VI)          Intérêts et limites

Moins coûteuse et plus rapide que les autres techniques d’édition du génome, CRISPR-Cas9 a été testée sur des bactéries, des cellules végétales, animales et humaines. Le principal intérêt de cette méthode est qu’elle facilement déclinable car il “suffit” de changer la séquence guide du complexe pour l’adapter à une autre édition génomique.

Cependant, cette méthode n’est pas fiable à 100% car une séquence complémentaire de la séquence guide pourrait se trouver à un autre endroit du génome et il y aurait donc une mutation sur une autre séquence. Cependant, cette limite n’en est plus vraiment une car une alternative à Cas9 a été développée. En mutant un des deux domaines nucléases de Cas9, les chercheurs ont créé une “nickase” qui ne réalise plus qu’une seule coupure simple-brin. Avec une paire de nickases, chacun ayant une séquence guide correspondant à un des brins, la spécificité de la mutation est améliorée (6).

Enfin, des limites éthiques à cette méthode en pleine expansion commencent à apparaitre et doivent être discutées. En effet, la manipulation des cellules somatiques humaines devient plus accessible, avec des risques d’eugénisme en conséquence. De plus les mutations réalisées ne sont pas identifiables par un tiers contrairement aux techniques actuelles. Le caractère génétiquement modifié d’un organisme n’est donc plus vérifiable.

 

VII)           Références bibliographiques

1. Bolukbasi, M. F., Gupta, A. & Wolfe, S. A. (2015) Creating and evaluating accurate CRISPR-Cas9 scalpels for genomic surgery. Nature Methods 13, 41–50

 

2. Charpentier, E. & Doudna, J. A. (2013) Biotechnology: Rewriting a genome. Nature 495, 50–51

 

3. Hsu, P. D., Lander, E. S. & Zhang, F. (2014) Development and Applications of CRISPR-Cas9 for Genome Engineering. Cell 157, 1262–1278

 

4. Jinek, M., Chylinski, K., Fonfara, I., Hauer, M., Doudna J.A., Charpentier, E. (2012) A Programmable Dual-RNA-Guided DNA Endonuclease in Adaptive Bacterial Immunity. Science 337, 816–821

 

5. Perez-Pinera, P., Kocak, D. D., Vockley, C.M., Adler, A. F., Kabadi, A. M., Polstein, L. R., Thakore, P. I., Glass, K. A., Ousterout, D. G., Leong, K. W., Guilak, F., Crawford, G. E., Reddy, T. E, & Gersbach, C. A. (2013) RNA-guided gene activation by CRISPR-Cas9–based transcription factors. Nature Methods 10, 973–976

 

6. Ran, F.A., Hsu, P.D., Lin, C.-Y., Gootenberg, J.S., Konermann, S., Trevino, A.E., Scott, D.A., Inoue, A., Matoba, S., Zhang, Y., Zhang, F. (2013) Double Nicking by RNA-Guided CRISPR Cas9 for Enhanced Genome Editing Specificity.Cell 154, 1380–1389


» Wiki des méthodes de biologie moléculaire et cellulaire