Jean-Marc FRASLIN

FAIRE

par Jean-Marc FRASLIN, mercredi 8 février 2017, 14:28
 

La Méthode formaldehyde-assisted isolation of regulatory elements (FAIRE)

 


I)                  Objectifs

La méthode FAIRE est une méthode à haut-débit visant à isoler des régions régulatrices de l’ADN. Cette technique a été mise au point par le laboratoire de Jason D. Lieb [1],[2],[3] à l’Université de Caroline du Nord Chapel Hill.

II)              Principe

La chromatine qui se trouve dans des zones de régulation présente une hypersensibilité du gène aux DNasesI. Cette hypersensibilité reflète une perte ou une déstabilisation des nucléosomes. La perte d’un nucléosome peut être directement due à la liaison d’une protéine (facteur de transcription) et reflète une chromatine active. La méthode FAIRE est utilisée expérimentalement pour identifier les régions régulatrices  [1],[2].

III)          Mode opératoire

a)      Ajout de formaldéhyde et sonication

Les cellules sont mises en présence de formaldéhyde créant des liaisons covalentes entre protéines et ADN. La sonication va permettre de couper les séquences d’ADN [1].

       b)  Extraction au phénol-chloroforme

L’extraction repose sur la différence de solubilité des acides nucléiques et des protéines dans une émulsion à deux phases. Le mélange de phénol et de chloroforme solubilise les lipides et dénature les protéines, qui vont s’agréger dans la phase organique. L’ADN hydrosoluble va rester dans la phase aqueuse. La présence de formaldéhyde permet de conserver les liaisons ADN-protéine. Sans formaldéhyde, les protéines se détacheraient de l’ADN au cours de l’extraction [1].

L’ADN lié à des protéines va donc se situer dans la phase organique et l’ADN libre dans la phase aqueuse. On considère que la majorité des protéines liées à l’ADN correspond aux histones, protéines constitutives des nucléosomes. L’ADN de la phase aqueuse correspond donc aux séquences régulatrices, comportant peu ou pas de nucléosomes [1].

       c) Hybridation sur puces à ADN

L’ADN de la phase aqueuse est prélevé, amplifié par PCR quantitative, puis couplé à un fluorochrome, et hybridé sur des puces à ADN [1].

 

Figure 1 : Les différentes étapes  de la méthode FAIRE [1]

 

IV)           Présentation et interprétation des résultats

 

L’analyse des régions isolées par la méthode FAIRE peut se faire selon deux méthodes. La plupart des études utilisent d’abord une méthode à haut débit de puce à ADN, car c’est une méthode puissante, qui permet d’analyser un génome entier sans avoir besoin de connaître les séquences à rechercher.

Le résultat final se présente sous la forme de pics correspondant aux régions du génome dépourvues de nucléosomes, et donc aux régions régulatrices de l’ADN. Une analyse par algorithme est nécessaire pour trouver les pics significatifs.

Une vérification peut ensuite être réalisée par qPCR, pour s’assurer que les pics obtenus correspondent bien aux fragments d’ADN isolés par la méthode FAIRE, et non pas à des artefacts.

 

Le résultat présenté sur la figure 2 [1] provient d’une culture de fibroblastes humains. Les fragments d’ADN isolés sont tout d’abord amplifiés par PCR, puis hybridés sur une puce à ADN. L’analyse par l’algorithme CHIPOTIe donne les résultats ci-dessous.

 

 

Figure 2 : Résultats obtenus après la méthode FAIRE sur des cellules fibroblastiques.

RNAP : ARN polymérase, TAF1 : transcription initiation factor, H3-K4me et acétylation : méthylation des histones.

 

La méthode FAIRE permet d’identifier plusieurs régions régulatrices sur le chromosome 19. Ici, l’expérience vise à confirmer la fiabilité de la méthode. On compare les résultats avec des régions actives connues (chromatine ouverte) du chromosome 19, comme des zones de transcription ou des zones acétylées ou méthylées. Les pics obtenus par la méthode FAIRE correspondent bien aux zones de régulations avérées du chromosome 19.

 

V)              Intérêts et limites

FAIRE est une approche puissante pour détecter ex vivo les éléments régulateurs fonctionnels dans les cellules des mammifères. Elle implique peu de réactifs et se réalise en peu de temps.

Comparée à la méthode DNase-seq, la méthode FAIRE est plus facile à mettre en œuvre. En effet, une  perméabilisation des cellules n’est pas nécessaire avant le traitement aux nucléases. De plus, une large gamme de temps d’incubation (1,2, 4 et 7 min) à une unique concentration en formaldéhyde (1%) est possible pour la même efficacité. Pour mener à bien la méthode DNase-seq, la concentration appropriée en enzyme et le temps d’incubation doivent être préalablement déterminés.

Enfin, FAIRE peut analyser n’importe quel type de cellule : cellule sauvage, mutée, ou contenant des transgènes.

Il existe cependant des limites à cette méthode. Chez l’Homme, la majorité des sites de régulation identifiés sont loin du site de transcription. Cette distance ne permet pas de définir la fonctionnalité du site de régulation isolé. En effet, il est impossible d’identifier quel facteur de transcription se lie à cette région ou de déterminer quel gène est régulé [2], [3].

 

VII) Références bibliographiques

[1] Giresi P.G., Kim J., McDaniell R.M., Iyer V.R., and Lieb J.D. (2007). FAIRE (Formaldehyde-Assisted Isolation of Regulatory Elements) isolates active regulatory elements from human chromatin. Genome Research. Volume 17(6). 877-885.

[2] Giresi P.G., and Lieb J.D. (2009). Isolation of active regulatory elements from eukaryotic chromatin using FAIRE (Formaldehyde Assisted Isolation of Regulatory Elements). Methods. Volume 48(3). 233-239.

[3] Song L., Zhang Z., Grasfeder L.L., Boyle A.P., Giresi P.G., Lee B-K., Sheffield N.C., Gräf S., Huss M., Keefe D., Liu Z., London D., McDaniell R.M., Shibata Y., Showers K.A., Simon J.M., Vales T., Wang T., Winter D., Zhang Z., Clarke N.D, Birney E., Iyer V.R.,  Gregory E., Crawford, Lieb J.D and Furey T.S. (2011). Open chromatin defined by DNaseI and FAIRE identifies regulatory elements that shape cell-type identity. Genome Research. Volume 21(10). 1757-1767.

 

 


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