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La minipréparation alcaline

par Adele MAALIKI, mardi 9 mai 2017, 19:09
 

I)                  Objectifs

Les plasmides bactériens sont fréquemment utilisés lors du clonage de gènes. La technique de la minipréparation permet d'extraire les plasmides des cellules bactériennes, afin de les identifier, de les caractériser et de les manipuler. Les nouveaux plasmides ainsi construits peuvent être isolés et caractérisés sur des gels d'électrophorèse.

Il existe différentes méthodes de minipréparation, telles que la technique par ébullition ou la technique en une étape. La méthode par lyse alcaline est présentée ici. (Northrup et al., 2010)

II)              Principe

La minipréparation (ou miniprep) est une technique de biologie moléculaire rapide et efficace, permettant d'extraire de petites quantités d'ADN (de l'ordre d'1 microgramme d'ADN par millilitre) de cultures bactériennes. Cette technique se base sur la dénaturation de l’ADN en fonction du pH. Il existe une étroite plage de pH, comprise entre 12 et 12,5, pour laquelle l’ADN linéaire est dénaturé, mais pas l’ADN circulaire. Grâce au pH basique, le lysat (acide) formé lors de la lyse des bactéries est neutralisé, et le pH reste stable afin de dénaturer uniquement l’ADN linéaire. (Birnboim et Doly, 1979)

 

III)           Mode opératoire

La première étape consiste à cultiver les cellules contenant le plasmide d'intérêt, durant 16 h à 40 h.

Les bactéries sont ensuite lysées en milieu alcalin, dans une solution de SDS (dodécylsulfate de sodium) et de NaOH (hydroxyde de sodium), ce qui perturbe l'appariement des bases de l'ADN chromosomique et entraîne leur dénaturation. Après neutralisation du pH de la solution par ajout d’acétate de sodium ou de potassium, l'ADN plasmidique, qui est de petite taille (de l'ordre du kilobase) peut rapidement se renaturer, alors que l'ADN chromosomique ne le peut pas (sa taille est de l'ordre du mégabase). L’ajout de SDS dans le milieu entraîne également la précipitation du complexe SDS-protéines.

Une étape de centrifugation sépare l’ADN chromosomique, l’ARN, les protéines et les débris cellulaires qui précipitent, de l'ADN plasmidique qui reste dans le surnageant. L’ADN est ensuite précipité par l'éthanol, conduisant à une quantité et à un degré de pureté d'ADN plasmidique suffisant pour la plupart des applications en laboratoire.

Une des techniques fréquemment utilisées en laboratoire est la digestion de l'ADN plasmidique par une enzyme de restriction. L'ADN plasmidique isolé est analysé pour confirmer ou établir son identité. Les molécules d'ADN digérées sont séparées par électrophorèse sur gel d'agarose en fonction de leur taille. Pour améliorer cette étape, des enzymes RNases sont ajoutées afin de détruire l’ARN contaminant. (Birnboim et Doly, 1979; Northrup et al, 2010)

 

IV)           Présentation des résultats

L’ADN plasmidique récupéré grâce à la miniprep peut être analysé par électrophorèse après digestion par des enzymes de restriction.

La figure 1 est une photo d'électrophorèse prise après la digestion par des enzymes de digestion d’un plasmide récupéré dans une bactérie par la méthode de la mini-prep alcaline (dans le cadre du clonage d’un gène). Le plasmide utilisé est le plasmide pgl3 d’une taille de 4 818 bp, et l’insert introduit est d’une taille de 471 bp. (Northrup et al., 2010)  

 

 

 

Figure 1 : Photo d’électrophorèse du plasmide pgl3 contenu dans des bactéries après minipréparation alcaline et digestion enzymatique (UQAM, 2016)

 

V)              Interprétation des résultats

Sur l'électrophorèse, on peut voir 2 bandes, l’une à 5 000 bp qui correspond au plasmide, et l’autre à 500 bp qui correspond à l’insert. On peut conclure que la minipréparation à fonctionné et que le plasmide a bien été extrait de la bactérie.

 

VI)           Intérêts et limites

Les principaux intérêts de la minipréparation par lyse alcaline sont sa simplicité, son efficacité et son faible coût. Toutefois, cette technique connaît des limites.

Les impuretés les plus retrouvées dans la solution d'ADN plasmidique purifié par miniprep sont les fragments d'ADN chromosomique. Du fait de sa taille supérieure à celle de l'ADN plasmidique, l'ADN chromosomique est fragmenté durant l'étape de lyse alcaline, ou par les forces de cisaillement qui apparaissent lors du pipetage. Ces fragments, de l'ordre du kilobase, précipitent avec l'ADN plasmidique, et peuvent se renaturer suite à la neutralisation de la solution. Bien que la minipréparation soit utilisée pour son efficacité et sa simplicité, l'ADN plasmidique n'est généralement pas assez pur pour être utilisé dans des techniques sensibles, telles que le séquençage d'ADN.

Également, cette méthode implique que l’ADN plasmidique soit, comme l’ADN chromosomique, exposé à un pH alcalin. Or, une partie de l’ADN plasmidique subit une dénaturation irréversible à un pH supérieur à 13. (Felicello et Chinali, 1993; Chowdhury, 1991)

 

 

VII)       Références bibliographiques

 

HC. Birnboim, J. Doly (1979). A rapid alkaline extraction procedure for screening recombinant plasmid DNA. Nucleic Acids Research, Volume 7, pages 1513-1523.

 

I. Felicello, G. Chinali (1993). A modified alkaline lysis method for the preparation of highly purified plasmid DNA from Escherichia Coli. Analytical biochemistry. Volume 2012 (tome 2), pages 394-401.

 

J. Lemoine, UQAM (2016). Photo électrophorèse du plasmide pgl3 contenu dans des bactéries après minipréparation alcaline et digestion enzymatique (2016). Unpublished

 

K. Chowdhury (1991). One step “miniprep” method for the isolation of plasmid DNA. Nucleic Acids Research. Volume 19, n°10, page 2792.

 

VA. Northrup, CJ. Backhouse, DM. Glerum (2010). Development of a microfluidic chip-based plasmid miniprep. Analytical Biochemistry. Volume 402, n°2, pages 185-190.

 

 

 

 


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